Corps et extensions#
La théorie des corps est la plus belle partie de l’algèbre — elle explique pourquoi certaines équations n’ont pas de solution par radicaux. Évariste Galois
Introduction#
Un corps est l’algèbre la plus riche : toute équation linéaire non triviale \(ax = b\) (\(a \neq 0\)) y admet une solution unique. La théorie des extensions de corps étudie comment un corps \(L\) peut contenir un sous-corps \(K\) : on adjoint des racines de polynômes, on mesure la « taille » de l’extension par son degré \([L:K]\), et on relie propriétés algébriques et arithmétiques. Ce chapitre pose les fondations — caractéristique, éléments algébriques, clôture algébrique, corps finis — qui nourriront toute la théorie de Galois.
Corps : rappel et exemples#
Définition 1 (Corps)
Un corps \((K, +, \times)\) est un anneau commutatif unitaire (\(1 \neq 0\)) dans lequel tout élément non nul est inversible :
Autrement dit, \((K \setminus \{0\}, \times)\) est un groupe abélien.
Remarque 1
La condition \(1 \neq 0\) exclut l’anneau trivial \(\{0\}\). Dans tout corps, l’équation \(ax = b\) (\(a \neq 0\)) admet l’unique solution \(x = a^{-1}b\) : c’est la propriété fondamentale qui rend les corps si utiles pour résoudre des équations.
Exemple 1
Les corps usuels de caractéristique zéro :
\((\mathbb{Q}, +, \times)\) : le plus petit corps de caractéristique \(0\), corps des fractions de \(\mathbb{Z}\).
\((\mathbb{R}, +, \times)\) : corps ordonné complet.
\((\mathbb{C}, +, \times)\) : corps algébriquement clos, \(\mathbb{C} \cong \mathbb{R}[X]/(X^2+1)\).
Les corps finis (caractéristique \(p > 0\)) :
\(\mathbb{F}_p = \mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\) pour \(p\) premier : corps à \(p\) éléments.
\(\mathbb{F}_{p^n}\) : corps à \(p^n\) éléments, construit comme extension de \(\mathbb{F}_p\).
Proposition 1
Tout corps est un anneau intègre. Tout anneau intègre fini est un corps.
Proof. Si \(ab = 0\) dans un corps et \(a \neq 0\), on multiplie par \(a^{-1}\) pour obtenir \(b = 0\) : un corps est donc intègre. Pour la réciproque, soit \(A\) intègre fini et \(a \neq 0\). L’application \(x \mapsto ax\) est injective (par intégrité) et \(A\) est fini, donc surjective : il existe \(b\) tel que \(ab = 1\), d’où \(a\) est inversible.
Caractéristique d’un corps#
Définition 2 (Caractéristique)
La caractéristique d’un corps \(K\), notée \(\mathrm{char}(K)\), est le plus petit entier \(n \geq 1\) tel que \(n \cdot 1_K = 0\), s’il existe ; sinon \(\mathrm{char}(K) = 0\).
Formellement, c’est le générateur non négatif du noyau de l’unique morphisme d’anneaux \(\varphi : \mathbb{Z} \to K\), \(n \mapsto n \cdot 1_K\).
Théorème 1 (La caractéristique est nulle ou première)
La caractéristique d’un corps est soit \(0\), soit un nombre premier \(p\).
Proof. Soit \(\varphi : \mathbb{Z} \to K\) le morphisme canonique. Son noyau est un idéal \(I\) de \(\mathbb{Z}\), donc \(I = n\mathbb{Z}\) pour un certain \(n \geq 0\). Si \(n = 0\), la caractéristique est \(0\). Si \(n \geq 1\), l’image \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) se plonge dans le corps \(K\), donc \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est intègre, ce qui impose que \(n\) est premier.
Exemple 2
\(\mathrm{char}(\mathbb{Q}) = \mathrm{char}(\mathbb{R}) = \mathrm{char}(\mathbb{C}) = 0\).
\(\mathrm{char}(\mathbb{F}_p) = p\) : en effet \(p \cdot 1 = \bar{0}\) dans \(\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\).
\(\mathrm{char}(\mathbb{F}_{p^n}) = p\) : \(\mathbb{F}_{p^n}\) contient \(\mathbb{F}_p\) comme sous-corps premier.
Remarque 2
En caractéristique \(p\), le morphisme de Frobenius \(\varphi : x \mapsto x^p\) est un morphisme de corps (on utilise la formule du binôme et le fait que \(\binom{p}{k} \equiv 0 \pmod{p}\) pour \(0 < k < p\)). Il est bijectif si le corps est fini, et joue un rôle central dans la théorie des corps finis.
Sous-corps et extensions#
Définition 3 (Sous-corps et extension)
Un sous-corps de \(K\) est un sous-ensemble \(F \subset K\) stable par \(+\), \(\times\), passage à l’opposé et à l’inverse (pour les éléments non nuls), et contenant \(0\) et \(1\).
Une extension de corps \(L/K\) est la donnée d’un corps \(L\) et d’un plongement de corps \(K \hookrightarrow L\) (souvent, \(K\) est simplement un sous-corps de \(L\)). Le corps \(L\) est alors un \(K\)-espace vectoriel.
Définition 4 (Degré d’une extension)
Le degré de l’extension \(L/K\), noté \([L:K]\), est la dimension de \(L\) comme \(K\)-espace vectoriel :
L’extension est dite finie si \([L:K] < +\infty\), et infinie sinon.
Exemple 3
\([\mathbb{C}:\mathbb{R}] = 2\) : une base de \(\mathbb{C}\) sur \(\mathbb{R}\) est \(\{1, i\}\).
\([\mathbb{R}:\mathbb{Q}] = +\infty\) : \(\mathbb{R}\) est indénombrable, \(\mathbb{Q}\) est dénombrable.
\([\mathbb{Q}(\sqrt{2}):\mathbb{Q}] = 2\) : une base est \(\{1, \sqrt{2}\}\).
\([\mathbb{F}_{p^n}:\mathbb{F}_p] = n\) : par définition, \(\mathbb{F}_{p^n}\) est un \(\mathbb{F}_p\)-espace vectoriel de dimension \(n\).
Théorème 2 (Formule de la tour (multiplicativité du degré))
Soient \(K \subset E \subset L\) une tour d’extensions de corps. Alors
En particulier, \([L:K]\) est fini si et seulement si \([L:E]\) et \([E:K]\) le sont tous les deux.
Proof. Soit \((e_i)_{i \in I}\) une \(K\)-base de \(E\) et \((f_j)_{j \in J}\) une \(E\)-base de \(L\). On vérifie que \((e_i f_j)_{(i,j) \in I \times J}\) est une \(K\)-base de \(L\).
Génération : tout \(x \in L\) s’écrit \(x = \sum_j \lambda_j f_j\) avec \(\lambda_j \in E\), puis chaque \(\lambda_j = \sum_i \mu_{ij} e_i\) avec \(\mu_{ij} \in K\), d’où \(x = \sum_{i,j} \mu_{ij} e_i f_j\).
Liberté : si \(\sum_{i,j} \mu_{ij} e_i f_j = 0\), on regroupe par \(j\) : \(\sum_j \bigl(\sum_i \mu_{ij} e_i\bigr) f_j = 0\). Comme les \(f_j\) sont \(E\)-libres, \(\sum_i \mu_{ij} e_i = 0\) pour tout \(j\), puis comme les \(e_i\) sont \(K\)-libres, \(\mu_{ij} = 0\) pour tout \((i,j)\).
Corollaire 1
Si \([L:K]\) est un nombre premier, il n’existe pas de sous-corps \(E\) strictement intermédiaire entre \(K\) et \(L\) : la formule de la tour imposerait \([L:K] = [L:E] \cdot [E:K]\) avec les deux facteurs \(\geq 1\), donc l’un vaut \(1\) (signifiant \(E = K\) ou \(E = L\)).
Éléments algébriques et transcendants#
Définition 5 (Élément algébrique, élément transcendant)
Soit \(L/K\) une extension et \(\alpha \in L\). On dit que \(\alpha\) est algébrique sur \(K\) s’il existe un polynôme non nul \(P \in K[X]\) tel que \(P(\alpha) = 0\). Sinon, \(\alpha\) est dit transcendant sur \(K\).
Exemple 4
\(\sqrt{2} \in \mathbb{R}\) est algébrique sur \(\mathbb{Q}\) : le polynôme \(X^2 - 2\) s’annule en \(\sqrt{2}\).
\(i \in \mathbb{C}\) est algébrique sur \(\mathbb{R}\) : \(X^2 + 1\) s’annule en \(i\).
\(\pi\) et \(e\) sont transcendants sur \(\mathbb{Q}\) (résultats profonds de Lindemann et Hermite).
Tout élément d’un corps fini \(\mathbb{F}_{p^n}\) est algébrique sur \(\mathbb{F}_p\).
Définition 6 (Polynôme minimal)
Soit \(\alpha \in L\) algébrique sur \(K\). L’idéal \(\ker(\mathrm{ev}_\alpha) = \{P \in K[X] : P(\alpha) = 0\}\) est un idéal non nul de l’anneau principal \(K[X]\), donc de la forme \((\mu_\alpha)\) pour un unique polynôme unitaire \(\mu_\alpha \in K[X]\).
Ce polynôme \(\mu_\alpha\) est appelé le polynôme minimal de \(\alpha\) sur \(K\). Il est irréductible sur \(K\), et divise tout polynôme de \(K[X]\) s’annulant en \(\alpha\).
Théorème 3 (Structure de \(K(\alpha)\))
Soit \(\alpha \in L\) algébrique sur \(K\) de polynôme minimal \(\mu_\alpha\) de degré \(d\). Alors :
et \(\{1, \alpha, \alpha^2, \ldots, \alpha^{d-1}\}\) est une \(K\)-base de \(K(\alpha)\). En particulier,
Proof. L’homomorphisme d’évaluation \(\mathrm{ev}_\alpha : K[X] \to L\), \(P \mapsto P(\alpha)\), a pour image \(K[\alpha]\) et pour noyau \((\mu_\alpha)\). Le premier théorème d’isomorphisme donne \(K[\alpha] \cong K[X]/(\mu_\alpha)\). Comme \(\mu_\alpha\) est irréductible, l’idéal \((\mu_\alpha)\) est maximal dans \(K[X]\), donc \(K[\alpha]\) est un corps. Or \(K[\alpha] \subset K(\alpha) \subset L\) et \(K[\alpha]\) est déjà un corps contenant \(K\) et \(\alpha\), donc \(K[\alpha] = K(\alpha)\).
Les classes \(\bar{1}, \bar{X}, \ldots, \bar{X}^{d-1}\) forment une \(K\)-base de \(K[X]/(\mu_\alpha)\), d’où \([K(\alpha):K] = d\).
Exemple 5
\(\mu_{\sqrt{2}} = X^2 - 2\) sur \(\mathbb{Q}\) (irréductible car sans racine rationnelle) : \([\mathbb{Q}(\sqrt{2}):\mathbb{Q}] = 2\).
\(\mu_i = X^2 + 1\) sur \(\mathbb{R}\) : \([\mathbb{R}(i):\mathbb{R}] = [\mathbb{C}:\mathbb{R}] = 2\).
\(\mu_{\sqrt[3]{2}} = X^3 - 2\) sur \(\mathbb{Q}\) (irréductible par le critère d’Eisenstein en \(p = 2\)) : \([\mathbb{Q}(\sqrt[3]{2}):\mathbb{Q}] = 3\).
Dans \(\mathbb{F}_4 = \mathbb{F}_2[X]/(X^2+X+1)\) : \(\mu_\alpha = X^2 + X + 1\) sur \(\mathbb{F}_2\), degré \(2\), donc \([\mathbb{F}_4:\mathbb{F}_2] = 2\).
Extensions algébriques#
Définition 7 (Extension algébrique)
Une extension \(L/K\) est dite algébrique si tout élément de \(L\) est algébrique sur \(K\). Elle est dite transcendante sinon.
Théorème 4 (Toute extension finie est algébrique)
Si \([L:K] = n < +\infty\), alors \(L/K\) est algébrique. Plus précisément, pour tout \(\alpha \in L\), on a \([K(\alpha):K] \leq n\).
Proof. Soit \(\alpha \in L\). Par la formule de la tour appliquée à \(K \subset K(\alpha) \subset L\), le degré \([K(\alpha):K]\) divise \([L:K] = n\), donc \([K(\alpha):K] \leq n < +\infty\). En particulier, \(\alpha\) est algébrique sur \(K\) (si \(\alpha\) était transcendant, \(K(\alpha) \cong K(X)\) serait de degré infini sur \(K\), contradiction).
Remarque 3
La réciproque est fausse : \(\overline{\mathbb{Q}}/\mathbb{Q}\) est une extension algébrique de degré infini. En effet, \([\mathbb{Q}(\sqrt[n]{2}):\mathbb{Q}] = n\) pour tout \(n\), donc \([\overline{\mathbb{Q}}:\mathbb{Q}] \geq n\) pour tout \(n\).
Définition 8 (Clôture algébrique)
Une clôture algébrique de \(K\) est une extension \(\overline{K}/K\) vérifiant simultanément :
\(\overline{K}/K\) est algébrique.
\(\overline{K}\) est algébriquement clos : tout polynôme non constant de \(\overline{K}[X]\) admet une racine dans \(\overline{K}\) (équivalemment, se scinde en facteurs linéaires).
Théorème 5 (Existence et unicité de la clôture algébrique)
Tout corps \(K\) admet une clôture algébrique \(\overline{K}\), unique à \(K\)-isomorphisme près.
Proof. Existence (Steinitz, 1910) : On construit une extension en ajoutant des racines de tous les polynômes irréductibles sur \(K\), puis on itère transfiniment. L’argument formel repose sur le lemme de Zorn : on considère l’ensemble des extensions algébriques de \(K\) dans un « univers » fixé, ordonné par inclusion, et on montre que tout élément maximal est algébriquement clos.
Unicité : Si \(\Omega_1\) et \(\Omega_2\) sont deux clôtures algébriques de \(K\), le lemme de Zorn garantit l’existence d’un \(K\)-isomorphisme \(\Omega_1 \xrightarrow{\sim} \Omega_2\). On considère l’ensemble des \(K\)-isomorphismes entre sous-extensions algébriques de \(\Omega_1\) et \(\Omega_2\), ordonné par extension ; un élément maximal est nécessairement un isomorphisme global.
Exemple 6
\(\overline{\mathbb{Q}}\) est la clôture algébrique de \(\mathbb{Q}\) dans \(\mathbb{C}\) : c’est le corps des nombres algébriques.
\(\overline{\mathbb{R}} = \mathbb{C}\) : le théorème de d’Alembert-Gauss affirme que \(\mathbb{C}\) est algébriquement clos.
\(\overline{\mathbb{F}_p} = \bigcup_{n \geq 1} \mathbb{F}_{p^n}\) : réunion croissante des corps finis de caractéristique \(p\).
Corps finis#
Théorème 6 (Ordre d’un corps fini)
Tout corps fini a un nombre d’éléments de la forme \(p^n\), où \(p = \mathrm{char}(K)\) est premier et \(n = [K:\mathbb{F}_p] \geq 1\).
Proof. Soit \(K\) un corps fini. Sa caractéristique \(p\) est un premier (théorème \ref{theorem-01-01}). Le sous-corps premier \(\mathbb{F}_p = \mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\) est contenu dans \(K\). Comme \(K\) est fini, \(n := [K:\mathbb{F}_p] < +\infty\), et \(K\) est un \(\mathbb{F}_p\)-espace vectoriel de dimension \(n\), d’où \(|K| = p^n\).
Théorème 7 (Existence et unicité de \(\mathbb{F}_{p^n}\))
Pour tout premier \(p\) et tout entier \(n \geq 1\), il existe, à isomorphisme près, un unique corps à \(p^n\) éléments. Ce corps, noté \(\mathbb{F}_{p^n}\), est le corps de décomposition du polynôme \(X^{p^n} - X\) sur \(\mathbb{F}_p\).
Proof. Existence : Le polynôme \(f = X^{p^n} - X \in \mathbb{F}_p[X]\) est séparable : sa dérivée formelle est \(p^n X^{p^n - 1} - 1 = -1 \neq 0\) en caractéristique \(p\), donc \(f\) et \(f'\) sont premiers entre eux. Soit \(L\) le corps de décomposition de \(f\) sur \(\mathbb{F}_p\). L’ensemble \(S = \{\alpha \in L : \alpha^{p^n} = \alpha\}\) contient exactement \(p^n\) éléments (car \(f\) est séparable). Pour \(\alpha, \beta \in S\), le morphisme de Frobenius donne \((\alpha + \beta)^{p^n} = \alpha^{p^n} + \beta^{p^n} = \alpha + \beta\) et \((\alpha\beta)^{p^n} = \alpha\beta\), donc \(S\) est stable par les opérations : \(S\) est un sous-corps de \(L\) à \(p^n\) éléments.
Unicité : Tout corps \(K\) à \(p^n\) éléments satisfait \(\alpha^{p^n} = \alpha\) pour tout \(\alpha \in K\) (car \(\alpha = 0\) vérifie l’égalité, et pour \(\alpha \neq 0\), le groupe \(K^\times\) d’ordre \(p^n - 1\) satisfait \(\alpha^{p^n - 1} = 1\)). Ainsi \(K\) est corps de décomposition de \(X^{p^n} - X\) sur \(\mathbb{F}_p\), et deux corps de décomposition d’un même polynôme séparable sont \(\mathbb{F}_p\)-isomorphes.
Théorème 8 (Sous-corps de \(\mathbb{F}_{p^n}\))
Les sous-corps de \(\mathbb{F}_{p^n}\) sont exactement les \(\mathbb{F}_{p^m}\) pour \(m \mid n\). En particulier :
Proof. (\(m \mid n \Rightarrow \mathbb{F}_{p^m} \subset \mathbb{F}_{p^n}\)) : Posons \(n = mk\). Alors \(p^m - 1 \mid p^n - 1\) (car \(t - 1 \mid t^k - 1\) avec \(t = p^m\)), donc \(X^{p^m} - X \mid X^{p^n} - X\) dans \(\mathbb{F}_p[X]\). Les \(p^m\) racines de \(X^{p^m} - X\) dans \(\mathbb{F}_{p^n}\) forment le sous-corps \(\mathbb{F}_{p^m} \subset \mathbb{F}_{p^n}\).
Réciproque : Si \(F\) est un sous-corps de \(\mathbb{F}_{p^n}\), alors \(F \cong \mathbb{F}_{p^m}\) pour un certain \(m\). La formule de la tour donne \(n = [\mathbb{F}_{p^n}:\mathbb{F}_p] = [\mathbb{F}_{p^n}:\mathbb{F}_{p^m}] \cdot m\), d’où \(m \mid n\).
Corollaire 2
Le treillis des sous-corps de \(\mathbb{F}_{p^n}\) est isomorphe au treillis des diviseurs de \(n\) (ordonné par divisibilité). \(\mathbb{F}_{p^n}\) possède exactement \(\tau(n)\) sous-corps, où \(\tau(n)\) désigne le nombre de diviseurs positifs de \(n\).
Proposition 2 (Groupe multiplicatif d’un corps fini)
Le groupe multiplicatif \(\mathbb{F}_{p^n}^\times = \mathbb{F}_{p^n} \setminus \{0\}\) est cyclique d’ordre \(p^n - 1\). Tout générateur de ce groupe est appelé un élément primitif de \(\mathbb{F}_{p^n}\).
Proof. Il suffit de montrer qu’un groupe abélien fini \(G\) est cyclique dès que, pour tout diviseur \(d\) de \(|G|\), le nombre de solutions de \(x^d = e\) dans \(G\) est exactement \(d\). Dans \(\mathbb{F}_{p^n}^\times\), le polynôme \(X^d - 1\) a au plus \(d\) racines dans le corps \(\mathbb{F}_{p^n}\), donc l’ensemble \(\{x \in \mathbb{F}_{p^n}^\times : x^d = 1\}\) a au plus \(d\) éléments. Le critère s’applique : \(\mathbb{F}_{p^n}^\times\) est cyclique.
Exemple 7
Pour \(\mathbb{F}_4 = \mathbb{F}_{2^2}\) : le groupe \(\mathbb{F}_4^\times\) est cyclique d’ordre \(3\), isomorphe à \(\mathbb{Z}/3\mathbb{Z}\). Si \(\alpha\) est une racine de \(X^2 + X + 1\) (irréductible sur \(\mathbb{F}_2\)), alors \(\mathbb{F}_4 = \{0, 1, \alpha, \alpha^2\} = \{0, 1, \alpha, \alpha + 1\}\), et \(\alpha\) est un élément primitif : \(\alpha^1 = \alpha\), \(\alpha^2 = \alpha + 1\), \(\alpha^3 = 1\).
Pour \(\mathbb{F}_7^\times\) : il est cyclique d’ordre \(6\), engendré par \(3\) (car \(3^1 = 3\), \(3^2 = 2\), \(3^3 = 6\), \(3^4 = 4\), \(3^5 = 5\), \(3^6 = 1\) dans \(\mathbb{Z}/7\mathbb{Z}\)).
Résumé#
Concept |
Propriété clé |
|---|---|
Corps \(K\) |
Anneau commutatif avec \(K^\times = K \setminus \{0\}\) |
Caractéristique |
\(0\) ou un premier \(p\) ; \(\mathrm{char}(\mathbb{F}_{p^n}) = p\) |
Frobenius |
\(x \mapsto x^p\) morphisme de corps en caractéristique \(p\) |
Extension \(L/K\) |
\(L\) est un \(K\)-espace vectoriel ; degré \([L:K] = \dim_K L\) |
Formule de la tour |
\([L:K] = [L:E] \cdot [E:K]\) pour \(K \subset E \subset L\) |
Élément algébrique |
\(\exists P \in K[X] \setminus \{0\}\) tel que \(P(\alpha) = 0\) |
Polynôme minimal \(\mu_\alpha\) |
Unitaire, irréductible sur \(K\), de degré \([K(\alpha):K]\) |
\(K(\alpha) \cong K[X]/(\mu_\alpha)\) |
Construction explicite de l’extension engendrée par \(\alpha\) |
Extension finie \(\Rightarrow\) algébrique |
\([L:K] < \infty \Rightarrow\) tout \(\alpha \in L\) est algébrique sur \(K\) |
Clôture algébrique \(\overline{K}\) |
Algébrique sur \(K\), algébriquement close ; unique à \(K\)-iso. près |
Corps fini \(\mathbb{F}_{p^n}\) |
Unique à iso. près ; corps de décomposition de \(X^{p^n} - X\) |
Sous-corps de \(\mathbb{F}_{p^n}\) |
\(\mathbb{F}_{p^m} \subset \mathbb{F}_{p^n} \iff m \mid n\) |
Groupe \(\mathbb{F}_{p^n}^\times\) |
Cyclique d’ordre \(p^n - 1\) ; engendré par un élément primitif |